La LFSS 2026 évite l’absence de budget, mais ne corrige pas les déséquilibres structurels de notre système de Sécurité sociale. Les dépenses santé et retraite continuent de progresser, tandis que les prélèvements obligatoires augmentent encore, dans un pays déjà en haut du classement européen
« La LFSS 2026 éloigne un peu le risque de crise budgétaire immédiate, mais ne trace toujours pas de trajectoire de retour à l’équilibre. Chaque année de retard accroît la dette transmise aux plus jeunes. »
Des comptes durablement déficitaires
L’année 2025 se termine sur un déficit de 23,5 Md€ pour les régimes obligatoires de base. Ce résultat est porté principalement par :
la branche maladie : –17,2 Md€
la branche vieillesse : –6,3 Md€
Pour 2026, le déficit « officiel » est ramené à 19,4 Md€, mais cette amélioration tient à un transfert supplémentaire de 4,6 Md€ de l’État vers la Sécurité sociale pour compenser intégralement certaines exonérations. Sans ce transfert, le déficit reste proche de 24 Md€.
Ce qui pèse sur les entreprises
Plusieurs mesures de la LFSS 2026 renchérissent le coût du travail et de l’investissement.
Points de vigilance pour les employeurs
Coût du travail : allègements généraux rabotés, nouvelles contributions.
Fiscalité de l’épargne : hausse sur certains revenus du capital.
Retraites : suspension partielle de la réforme, pression accrue à moyen terme.
a) Allègements généraux sous pression
La loi prévoit un rabot additionnel d’environ 1,5 Md€ sur les allègements généraux de cotisations patronales, en plus de la réforme déjà intervenue en 2025. Pour les entreprises, cela se traduira par une hausse du coût du travail sur une partie des salaires, à rebours de l’objectif de désmicardisation.
S’ajoute une conditionnalité nouvelle : lorsque les minima conventionnels de branche restent inférieurs au SMIC, les allègements seront calculés sur ces minima et non plus sur le SMIC. Les entreprises des branches concernées verront donc leurs allègements réduits, sauf si elles fixent des salaires strictement au‑dessus du SMIC
b) Nouvelles taxes et contributions
Parmi les autres mesures défavorables :
une contribution exceptionnelle sur les organismes complémentaires santé, avec un taux relevé en cours de discussion et un rendement d’environ 1 Md€ ;
une hausse de la CSG sur certains revenus du capital, qui augmente notamment la fiscalité pesant sur PER, PEE et PEA ;
un relèvement de 30% à 40% de la contribution patronale sur les ruptures conventionnelles et les mises à la retraite ;
une hausse de 400 M€ des cotisations AT‑MP, dans un contexte de sinistralité pourtant en baisse et de transferts croissants décidés par l’État.
Le MEDEF rappelle que les exonérations de cotisations ne sont pas un « cadeau », mais la contrepartie d’un salaire minimum élevé et d’une protection sociale également élevée, financée en grande partie par les employeurs.
Retraites : une suspension qui pèse sur l’avenir
La réforme des retraites de 2023 est partiellement suspendue pour 2026 et 2027 : recul plus lent de l’âge légal pour certaines générations et ajustements de la durée d’assurance.
À court terme, cette décision répond à un compromis politique ; à moyen terme, elle dégrade la situation de la branche vieillesse et pèsera sur les actifs et les générations futures.
Le MEDEF estime que cette suspension est en décalage avec les réalités démographiques et avec l’enjeu de hausse du taux d’emploi des seniors.
Un appel à sanctuariser la politique d’apprentissage
À travers son manifeste « Soutenons l’apprentissage, une politique jeunesse gagnante ! », le MEDEF plaide pour :
un cadre simple, stable et lisible ;
une visibilité pluriannuelle pour les entreprises et les CFA ;
la pérennisation de la qualité des formations et des objectifs d’insertion.
L’apprentissage est un partenariat gagnant‑gagnant‑gagnant entre :
un jeune,
un maître d’apprentissage,
et un CFA.
La priorité : éviter les à‑coups réglementaires et budgétaires qui fragiliseraient les décisions d’embauche des entreprises et l’engagement des jeunes dans ces parcours.
Quelques mesures plus favorables ou neutres
La LFSS 2026 comporte aussi quelques dispositions plus positives pour les entreprises :
l’extension de la déduction forfaitaire de 0,50 € par heure supplémentaire aux entreprises d’au moins 250 salariés ;
un encadrement de la durée des arrêts de travail et des IJ AT‑MP à partir de 2027, avec l’objectif de mieux maîtriser les dépenses ;
la création d’un congé supplémentaire de naissance d’un à deux mois, indemnisé par la Sécurité sociale, à compter du 1er juillet 2026 ;
la possibilité de mobiliser plus tôt le médecin du travail (au bout de 30 jours d’arrêt) pour préparer les aménagements de poste et la reprise.
Pour aller plus loin
L’intégralité des mesures, branche par branche, ainsi que la position détaillée du MEDEF, sont présentées dans la « Synthèse LFSS 2026 »