Les violences conjugales ont des répercussions directes sur la vie professionnelle des victimes. Pour lutter contre ce fléau, un projet innovant se déploie dans le département afin d’accompagner les entreprises volontaires dans la nomination et la formation de référents dédiés.
Une réalité qui franchit les portes de l’entreprise
Les violences au sein du couple représentent un drame social majeur. En 2024, les forces de l’ordre ont recensé 1 283 femmes victimes de féminicides (directs, indirects ou tentatives) et de suicides liés au harcèlement d’un conjoint.
Au-delà de ces chiffres tragiques, l’enquête du SSMSI estime à 376 000 le nombre de femmes victimes de violences conjugales en 2023, avec un taux de plainte s’élevant à seulement 19 %.
Ces situations de détresse fragilisent inévitablement le maintien en emploi.
Elles se traduisent par une moyenne de 18 jours de travail perdus par an, représentant un coût économique global de 3,6 milliards d’euros annuels.
Sachant que 71 % des femmes sont aujourd’hui actives (soit 14,9 millions de femmes), le lieu de travail constitue bien souvent le seul repère stable et protecteur pour les victimes.
L’employeur a un rôle clé à jouer pour offrir un lieu de protection et favoriser la libération de la parole.
Origine : un dispositif réunionnais porteur d’espoir
Le projet yvelinois s’inspire directement d’une initiative lancée à La Réunion en novembre 2024. Ce programme a démontré une efficacité remarquable, récompensée à l’échelle locale et nationale pour son impact sociétal et son caractère innovant.
Le bilan de cette expérimentation parle de lui-même :
L’engagement de 34 dirigeants convaincus.
La formation de 62 référentes en milieu professionnel.
L’accueil et l’écoute de 134 victimes (soit une moyenne de 3,2 victimes par référente), dont 21 % d’hommes.
Un taux de satisfaction atteignant 100 % pour les participantes.
Objectifs et points forts du déploiement dans les Yvelines
Fort de ce succès, le territoire s’empare du sujet avec la volonté d’aller encore plus loin. L’objectif immédiat est de créer un réseau animé et soutenu dans le temps, en commençant par la sensibilisation d’un groupe de référents en entreprise. Leur mission sera claire : écouter, informer et orienter les victimes.
Ce dispositif inédit se distingue par plusieurs marqueurs forts :
Une approche inclusive, axée sur la protection des victimes (femmes comme hommes).
Un engagement orienté vers l’action, dépassant la simple sensibilisation, avec un accompagnement dans la durée.
Un suivi rigoureux avec une évaluation de l’impact basée sur des critères précis.
Une incitation des entreprises à aller plus loin via un groupe de travail pensé pour générer des actions innovantes.
Organisation, programme et bonnes pratiques
Pour garantir l’efficacité des référents, un programme d’accompagnement complet a été structuré :
Un atelier initial d’une journée : pour décrypter les mécanismes de la violence conjugale, comprendre le processus d’emprise et ses conséquences, et savoir recueillir la parole pour orienter vers les acteurs compétents.
Deux ateliers de suivi : dédiés aux retours d’expérience (RETEX).
Une animation régulière du réseau.
En parallèle, les réunions du groupe de travail « entreprises » permettront de réfléchir aux bonnes pratiques internes. Différents leviers d’action concrets seront abordés : la facilitation des absences pour effectuer des démarches administratives, les questions de rémunérations (avances sur salaire), l’activation d’avantages liés au logement (le 1 % logement), ainsi que les questions relatives à la santé et au maintien en emploi.
S’engager dans la démarche : les prochaines étapes
La réussite de ce projet repose sur l’engagement et l’empathie des entreprises prêtes à s’investir.
Un programme d’accompagnement complet est prévu pour les référents (compréhension des mécanismes de l’emprise, posture d’écoute, ateliers de partage d’expérience).
Les organisations souhaitant s’inscrire dans cette démarche solidaire et nommer un ou plusieurs référents sont invitées à se manifester dès maintenant.